EXSUD pologne

EXSUD, c’est la rencontre de deux jeunes diplômées en architecture d’intérieur, Charlotte Esquenet et Anne-Julie Entremont. L’une est belge, l’autre française. Toutes les deux sont bien décidées à créer leur entreprise de mobilier design et d’architecture intérieure. Leur aventure prend forme dans le nord de la Pologne, à Okonek. C’est là, dans un gigantesque entrepôt transformé en atelier de fabrication que leurs projets voient le jour avant d’essaimer aux quatre coins de la planète. C’était il y a presque 20 ans.

Vous avez vécu une aventure ?

C’est vrai. Nous sommes parties de zéro. Tout ce que l’on avait, c’était nos diplômes et notre envie. Anne-Julie et moi, nous nous sommes rencontrées dans une école d’architecture à Saint-Luc, en Belgique. Après l’obtention des diplômes, chacune est partie faire ses expériences, mais on ne s’est jamais perdues de vue. Tout a commencé quand j’ai suivi mon mari, en Pologne. C’est là que j’ai eu envie de me mettre à mon compte et de créer mon entreprise. Anne-Julie s’y est associée.

Anne-Julie vit à Annecy, en Haute-Savoie et vous à Okonek, en Pologne. Comment vous organisez-vous ?

J’ai appris le polonais, créé le bureau d’architecte d’intérieur, engagé un graphiste. L’atelier est juste à côté de nos bureaux. On y fabrique tout ce que l’on dessine. On travaille le bois, le métal, le verre, le verre thermo-formé. Aujourd’hui, l’entreprise emploie une quarantaine de personnes. Anne-Julie vient régulièrement. Depuis Annecy, elle s’occupe des plans d’aménagement. On travaille ensemble sur les chantiers. En règle générale, je suis à Okonek pendant la semaine pour coordonner les équipes, et les week-ends sur les chantiers. C’est mon rythme et c’est mon choix.

Premier et dernier chantiers ?

Un premier chantier belge, à Mons. Nous avons aménagé le premier restaurant Icook de Jean-Philippe Watteyne, un chef belge très populaire arrivé en finale de l’émission Top Chef. Il cherchait un architecte d’intérieur pour ce premier endroit, puis pour son bistrot et plus tard, pour son grand restaurant. Et là, nous venons de terminer l’Air du Temps, à Eghezée, encore en Belgique. Le chef Sang Hoon Degeimbre nous a demandé de rénover son restaurant deux étoiles et d’agrandir l’hôtel attenant de six chambres. Nous nous sommes spécialisés en hôtels et restaurants. Depuis deux ans, nous travaillons énormément en Belgique. Auparavant, nous avions eu plus de chantiers en France, à Paris surtout.

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Comment la Pologne est-elle présente au cœur de vos installations ?

Comme nous avons nos propres ateliers, nous sommes très réactifs. Chez nous, on passe du dessin à l’atelier en franchissant une porte. Nous sommes quasiment autonomes et c’est très pratique. Pour la chaîne de restaurants San, de Sang Hoon Degeimbre, nous avons tout dessiné, jusqu’à la petite cuillère qui est essentielle car le concept de cette cuisine, c’est « tout dans un bol » d’où sa demande en couverts uniques et adaptés.  Chez nous, s’il y a le moindre problème, on retourne aux ateliers et on rectifie dans l’instant.  Tous les membres de l’équipe se connaissent bien. Ils se comprennent parfaitement. C’est un de nos grand atouts.

Justement, comment avez-vous formé votre personnel ?

Nous avons huit soudeurs, des menuisiers, des couturières. Les soudeurs étaient déjà des professionnels. Tous savaient travailler les matériaux et comme on crée beaucoup de sur-mesure, c’est indispensable de connaître la matière que l’on transforme. Mais on fait aussi des séries ou des éléments spécifiques commandés par d’autres architectes d’intérieur. À Okonek, l’équipe est motivée et motivante. La routine n’existe pas. On trouve toujours des solutions à tout. Et l’on crée de beaux objets !

En revanche, nous venons tout juste d’être contacté par un restaurateur polonais pour travailler sur son projet. Ce sera le premier avec un chef polonais. Jusqu’à présent les seules commandes réalisées en Pologne, notamment la restauration d’un bâtiment sauvegardé dans lequel on a créé 11 chambres,  émanaient d’expatriés, comme nous.

Vous êtes aussi designers de mobiliers vendus à travers le monde ?

Oui, tout a commencé grâce au salon parisien Maison & Objet. Nous y avons participé pendant cinq ans dans la section « projets ». Notre première cliente, une Sud-coréenne, nous a commandé beaucoup de mobilier sur-mesure, en verre soufflé. Il s’agissait de tables, de consoles pour une boutique qui faisait aussi galerie. Puis, on a commencé à vendre aux États-Unis. Désormais, ce sont les chefs, les entrepreneurs qui viennent nous trouver pour leur créer des univers sur-mesure. C’est une vraie reconnaissance, mais nous n’avons pas le temps de nous reposer sur nos lauriers !

Il faut savoir s’adapter, aux différents climats entre autres. Pour exemple, la collection Black out-door ne correspond pas à l’Arabie Saoudite, ni à Miami, en raison des températures. En revanche, les objets de la gamme White sont parfaitement appropriés. On tient aussi compte des vents : quand on crée un rooftop aux îles Caïmans, c’est à ça que l’on doit penser d’abord. Les matériaux, comme le bois, doivent être traités en conséquence. L’inox-résistance bateau est privilégié en raison des embruns. Il faut encore respecter les normes de chaque pays pour être sûr que les produits pourront rentrer. Enfin, il faut être conscient des coutumes locales. À Dubaï, par exemple, on vend plus de mobilier doré.

En préparation ?

On crée une nouvelle collection à sortir en septembre. « Sable rouge », à base de terre cuite, tout en couleurs chaudes. On prépare des briques décoratives, des divans, poufs, commodes, étagères, chaises, dans les mêmes teintes. On a fini tous les prototypes. Ensuite, ce sera le shooting photos, dans le studio que nous avons aménagé dans les ateliers.

Nous travaillons aussi sur un nouveau matériau, un terrazzo à notre façon. On voudrait insérer des pierres précieuses polies, comme l’ambre que l’on trouve beaucoup en Pologne, dans un béton blanc coloré avec des pigments, comme si on insérait des pierres dans un tadelakt.

Propos recueillis par Mireille Mazurier

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Photo : Anthony Florio