Design modulable Marine Peyre
Jouer avec l’espace. Oser user de matériaux décalés. Créer des jeux d’emboîtement. Changer autant que possible. Recommencer. Inventer des objets modulables. Voilà l’univers des créations de Marine Peyre. Autant fantaisistes qu’adaptables.
Design modulable Marine Peyre
Design modulable Marine Peyre
Design modulable Marine Peyre

Quel parcours vous a mené au métier de designer?

J’ai commencé mon cursus par une école d’architecture. C’était une volonté pour moi de devenir architecte. Seulement, mes ambitions étaient de faire de l’architecture à petite échelle, c’est-à-dire des cabanes, des boutiques. Je voulais faire un métier créatif qui soit dans la plasticité, l’art, le design. Mais c’est au fur et à mesure de l’évolution de mon cursus que je me suis recentrée sur le design. Je me suis alors orientée vers l’école des Beaux Arts de Paris, dans une section design spécifique. Mes premiers pas dans l’architecture m’ont mené vers une démarche un peu hybride par rapport à d’autres designers issus d’une école de design. J’ai une vision entre l’architecture et l’art. J’utilise mes connaissances en architecture sur mes dessins ou dans la recherche de l’objet. J’ai eu l’occasion de partir à Londres pour mes études. Là-bas j’ai travaillé avec des designers qui étaient dans la mouvance des années 90′ comme Tom Dixon ou Marc Houston. C’est là que j’ai eu un déclic en me disant : c’est le métier que je veux faire !

Noda, Rock, Bflex… Pourquoi nommez-vous vos créations de cette façon?

Les noms viennent de manière spontanée. J’apporte un côté un peu affectif à mes créations. J’essaie de leur donner des noms courts qui marquent l’esprit facilement. La forme de l’objet amène aussi son nom. Par exemple, pour les assises modulables Bflex, il y a la notion de flexibilité. Le « B » laisse penser au « be » en anglais. C’est un ensemble disant : « Soyez flexible ». Concernant l’assise en tube XXL Noda, ce mot veut dire « nœud » en latin. Et puisque je cherchais un nom qui sonne comme un nom de marque, j’ai choisi son latin.

Votre « pari » sur le shibari, le bondage japonais, pour votre réalisation « Noda »était assez osé par ailleurs…

Le shibari n’est pas vraiment ce que l’on croit, au niveau du côté obscène. Le shibari est vraiment considéré comme un art au Japon, un art ludique. Il n’a pas forcément de connotation sexuelle. C’est plus une manière de transformer le corps, de le nouer, et on se rend compte que l’art du noeud est très complexe. J’ai travaillé en collaboration avec un paysagiste à Paris, Christophe Gaudrant qui avait proposé une création au Mandarin Oriental, complètement basée sur l’art du shibari. Il s’agissait de végétaux pendus avec un système de cordage. Parallèlement à ça, j’ai commencé à m’intéresser à la forme des tubes, notamment avec le projet Octopus, pour les transformer en assise. Puis il m’a proposé d’exposer avec lui, le tout s’accordait à cette idée de nouage. Dans ma manière de faire, en transposant le nœud de manière XXL en une assise, on arrivait finalement à enfermer le corps, alors que dans le shibari c’est le nœud qui vient suspendre le corps.

Avez-vous des matériaux de prédilection?

Je suis un peu devenue, par la force des choses, spécialiste des mousses et des textiles. Ce sont des matériaux auxquels je me suis fortement intéressée. Leur aspect ludique, leur légèreté,  leur possibilité de transformation ne nécessitent pas forcément d’outillage industriel complexe. À savoir que l’on peut découper un bloc de mousse suivant un dessin numérique en 2D.  Sur le plan technique, c’est un matériau qui peut être manipulé. Sur le plan esthétique, il est dans la lignée des « pères spirituels » comme Pierre Paulin et tout le design des années 60′ 70′, qui racontent des histoires de formes sélectibles, d’assises informelles, de systèmes modulables colorés. Du coup, j’essayais d’aller plus loin, de ne pas être dans la redite par rapport à ces grands designers. Et de voir aujourd’hui les possibilités qu’offre ce matériau, m’a consolidée dans mes choix. Désormais, cela représente 70% de ma démarche. Après je suis toujours ouverte à travailler avec de nouveaux matériaux. Comme en ce moment, où je travaille beaucoup sur l’acoustique avec des TEP. Ce sont des plaques rigides formées à partir de bouteilles en plastique recyclé. Elles peuvent se découper en 2D, avec lesquelles on peut finalement créer des volumes et des formes intéressantes par des jeux d’assemblage, d’emboîtage. Pour des questions commerciales avec ma maison d’édition, je reste basée sur la mousse. D’autre part, je ne peux pas tout faire. Mais par rapport à des demandes extérieures, je veux bien travailler sur des matériaux que je ne connais pas.

Le jeu de flexibilité de vos créations est-il volontaire de votre part?

Je m’attache déjà à l’espace, c’est-à-dire que ce ne sont pas des objets figés. Ensuite il y a un côté ludique qui m’amuse. Par là je me dis que si cela m’amuse, ça peut finalement amuser le public. Mes créations sont quelque peu semblables à ma personnalité. J’essaie de faire rentrer de la fantaisie dans ces univers un peu froids, austères, tout en créant des objets fonctionnels qui répondent à des aspects de confort, d’ergonomie. Je m’adapte à la manière d’envisager le travail d’aujourd’hui, à savoir être mobile, pouvoir travailler partout avec son ordinateur, de pouvoir se réunir et remodeler son espace selon ses envies ou ses besoins.

Quels sont vos ambitions et vos projets pour cette année?

Je vais me concentrer sur cet univers du travail et comment créer un vrai confort à la fois par des produits acoustiques et des produits d’assise. Façonner un catalogue plus global où vont se mêler des systèmes presque liés à l’architecture et à l’objet. Je me rapproche de la marque Athena pour qui je dessine et avec laquelle je vais aller plus loin. Nous allons présenter au Salon Workspace à Paris, en avril avec de nouvelles propositions qui vont dans ce sens. 

 

Design modulable Marine Peyre
Design modulable Marine Peyre
Design modulable Marine Peyre

Propos recueillis par Gwenolé Scanff – Photos : Marine Peyre

Shopping by Marine Peyre

Portemanteau : 20 Hangers – Ligne Roset

Portemanteau à suspendre, au mur ou au plafond, composé de 20 cintres en Hêtre naturel. Corde textile noir diamètre 3 mm

Design Alice Rosignoli

Prix : 284 €

Site internet

Table basse Flash Square – Design Tom Dixon

Format carré (plusieurs formats disponibles), couleur bronze

Prix : 830 €

Site internet

Table de dîner Allen – Ligne Roset

Design Piotr Mochniej  – Table en bois massif (au choix : Noyer européen ou américain, Chêne naturel, merisier. Différentes longueurs possibles : de 140 à 220 cm. Épaisseur plateau 3,3 cm pieds de sections rectangulaire 12 cm x 4 cm

Prix : sur demande

Site internet

Lampe “In the tube” – 120 – 1300 DCW Éditions

Design Dominique Perrault et Gaëlle Lauriot-Prevost – tube en verre borosilicate, maille en cuivre, laiton ou acier, réflecteur en aluminium et acier inoxydable, câble en caoutchouc noir. Existe en version « cooper » (rose), « silver » (argent), gold (or).

Dim. : de 370 à 1320 mm et de 100 à 120 mm de diamètre

Prix : de 498 à 1548 €

Site internet